Origine connue des Jaham

Texte de Bernadette et Philippe Rossignol (G.H.C.)

Nous allons étudier l’acte originel de la famille, celui du « Don de Dieu florissant ».
Voici d’abord ce qu’écrit Jacques Petitjean Roget dans sa thèse « La Société d’habitation à la Martinique, un demi-siècle de formation, 1635-1685 » :

(en 1635) :

« Le 12 mars, le capitaine Pierre le Carbonnier a traité avec Mathieu la Caille l’affrètement pour St-Christophe de son bateau de 40 tonneaux, le Don de Dieu florissant. Celui-ci est parti le 9 mai 1635 avec Mathieu la Caille qui a des intérêts dans une habitation à Saint-Christophe. Il conduit avec lui un groupe d’hommes les uns payant leur passage, les autres alloués, tous s’étant également “soumis et obligés” envers la Compagnie à demeurer trois ans à Saint-Christophe en lui payant 125 LP (livres de pétun) par tête et par an, plus 1/10e du pétun produit au “Gouverneur”, d’Esnambuc. Parmi eux, on relève beaucoup de noms que l’on retrouvera à la Martinique. » (tome I p. 133)

(en 1643, à la Martinique) :

« Jean Jahan dit Verprey ou Jaham de Vert-pré ne sachant pas signer, a apposé sa marque. Yves Le Cerqueux ou Le Cerqueil dit Le Fort, enseigne de la compagnie Colonelle signe Le Fort avec un paraphe. Tous deux anciens alloués étaient venus l’un par la Petite Notre Dame, l’autre par le Don de Dieu florissant en 1635. » (tome I p. 621)

Et, dans la première version de « Personnes et familles à la Martinique au XVIIe siècle » du même Jacques Petitjean Roget et d’Eugène Bruneau-Latouche, on lit à la notice Jaham que, le 9 mai 1635 au Havre, Jean Jeham dict Vertprey « s’engage pour trois ans à servir la Compagnie » ; dans la réédition il « s’engage avec de nombreux autres, pour 3 ans, envers Mathieu La Caille », ce qui est repris dans la notice sur les Jaham dans « 209 anciennes familles subsistantes de la Martinique » (2003).

Alors, alloué, engagé ?
à Mathieu La Caille ou à la Compagnie ?

Il nous faut reprendre l’acte de 1635, publié par l’abbé Anthiaume en 1916 (« Cartes marines, construction navales, voyages de découverte chez les Normands 1500-1650 » Dumont. Paris). Pierre Molinard est allé en janvier 2010 aux archives de la Seine-Maritime à Rouen pour consulter l’original et en photographier plusieurs pages. La lecture en est difficile et nous avions donc fait confiance dans un premier temps à la transcription de l’abbé.

APPENDICE X
FORME ORDINAIRE DES CONTRATS ENTRE LA COMPAGNIE ET LES FUTURS COLONS ET ALLOUÉS

Tabellionage du Havre. Alleux de l’île Saint Christophe. 9 May 1635.

Mathieu La Caille, demeurant en la ville de Grace, âgé de viron vingt-huit ans, tant pour luy que pour Jean Jourdain de ced. lieu, vingt-quatre ans, Jacques Robin aussy de ced. lieu vingt-quatre ans, Jean Hénouin de St Romain seize ans, Jean Lasne de Sandouville seize ans, Estienne Follin de Gainneville vingt-quatre ans, Guillaume Perdu de Harfleur seize ans, Adam Le Tellier de Harfleur vingt-quatre ans, Guillaume Prevost de ce lieu de Grace vingt-quatre ans,François Lecoeur âgé de viron vingt-cinq ans, natif de la parroisse des Loges viconté de Montivillers, tant pour luy que pour Jean Courché de la paroisse de St Martin du Bec vingt ans,Jean Defrule dict St Eustache de St Romain de Collebosc vingt ans, tant pour luy que pour Thomas Bellenger dud. St Romain dix-huit ans,Jacques Savary natif de la ville d’Alençon vingt-huit ans, tant pour luy que pour Nicollas Le Bourg de la paroisse de Rouelles trente-six ans, Pierre Tacquet natif de Lisieux vingt-cinq ans, Pierre Ledoux de ceste ville de Grace dix-sept ans, Abraham Goguet de Tourgeville vingt-deux ans,Robert Cramollet vingt-cinq ans de la ville de Grace tant pour luy que pour Fleurens Harel de Lisieux vingt-deux ans, Jean Martin de ceste ville de Grace quatorze ans,Ollivier Hérault de la paroisse d’Octeville dix-huit ans; tant pour luy que pour Robert Martin de la paroisse de Bléville vingt-deux ans,Abraham Bellenger de ce lieu stipulant pour Jean Randon son associé agé de quarante ans de ced. lieu, étant de présent aud. St Cristophe, et pour Pierre Legouis de St Eustache la Forest,François Regnould de la ville de Grace, vingt-trois ans pour luy et Louis Regnould son frère seize ans,Philippe Mouquet de Honnefleur trente-six ans tant pour luy que pour Philippe Bonfils aussy dud. Honnefleur agé de quinze ans, Jean Soyer aussy de Honnefleur vingt-deux ans et Guillaume Brioles de Beuzeville viconté de Pontaudemer vingt ans, Pierre Faucquelon de St Romain de Collebosc vingt-deux ans, Jean Leter dud. lieu vingt ans pour eux, Pierre Le Dain dud. St Romain seize ans, François Fournier de Bollebesc vingt-trois ans, Michel Gueroult de Bolleville Lallouet trente-sept ans, Louis Renard de la paroisse de Loisellier vingt-deux ans,Louis Faucquelin de la paroisse de St Romain vingt-cinq ans pour luy, Raoullin Mahault de la paroisse de Gommerville vingt ans, Louis Bellenger dud. St Romain vingt ans, Mathieu Le Demandé de Gonneville sur Dive vingt et un ans, Romain Blanchet dict la Blancheterre du bourg de la neufve Lire trente-huit ans, Jacques Le baron dict le baron trente-trois ans, dud. bourg de la neufve lire, Jean Jeham dict Vertprey de la paroisse de St Mars en Poitou, viconté de Mallion, Toussaint La Niepce de ce dit lieu vingt-trois ans, Estienne Estur de Ste Croix de Montivilliers vingt-trois ans,Jean Buisson de ce lieu de Grace dix-sept ans, Guillaume Bloche de la paroisse et bourg de Roncheville vingt-deux ans, Jean Rendu de la paroisse de St Nicolas vingt ans, Jacques Lieur de Rolleville vingt-deux ans, Jacques Hardy du Tor viconté du Pontaudemer vingt-neuf ans, Hélie Prentoult de la paroisse de Rabut dix-huit ans.

Lesquels dessusd. tant pour eux que pour leursd. hommes cy dessus nommez chacun en leur esgal de ce qu’ilz en ont alloué pour faire led. voyage de St Cristophe pour le temps de trois ans, et pretendantz aller en lad. ille et s’embarquer et passer dans la barque Le Don de Dieu florissant, de quarante tonneaux, dont est maistre et conducteur Pierre Le Carbonnier de cested. ville, pour aller faire demeure et résidence en ladite ille St Cristophe pour led. temps de trois ans appartenant à noz Seigneurs de la Compaignye dud. St Cristophe et Indes occidentales pour y planter et recueillir du petun, cotton et aultres marchandizes, lesquelz de leur bonne vollonté se sont submis et obligés envers Jean Cavelet escuier Sr du Herteley comme ayant charge de l’entreprise de St Cristophe pour nosseigneurs de ladite Compaignye,stipulé par François Cavelet escuier Sr de Rondemare présent et acceptant de payer annuellement et par teste chacun cent vingt cinq livres de petun bon loyal et marchand pour les droictz de nosseigneurs avec le dixième du cotton et aultres marchandizes qu’ils feront et receuilleront en ladite isle,  et oultre payer aussy le dixième tant dud. petun que des autres marchandizes qu’ils feront et recueilleront pour le droict du gouverneur et officiers de ladite isle qui ne pourront lever plus grand droict sur eux du payement desd. droictz de ladite Compaignye, et seront tenus rapporter certificatz signez des escripvains et en feront apparoir aud. Sr du Herteley se submettant aussy lesd. dessus nommez pour eux et leursd. hommes susnommez d’obeyr au Gouverneur, travailler aux forteresses et faire la garde ainsy que les aultres habitans estantz de présent en lad. isle.

Au moyen de quoy led. Sr du Herteley leur a permis d’aller habittuer et résider aud. St Cristophe et y travailler ainsy que les aultres habitans et en passer aussy tant de femmes et de filles qu’ils adviseront bon estre sans que pour icelles il soict prins ny levé aucuns droictz pour lad. Compaignye, Gouverneur et Officiers.

Lesd. dessusd. et leursd. hommes seront tenus, lorsqu’ils vouldront revenir en France prendre leur congé signé dud. Sr Gouverneur et escrivains.

Le tout sans thirer à conséquence et jusques à ce que nosd. seigneurs y ayent aultrement pourveu.
Et à ce tenir les susd pour eux et leurds hommes obligèrent corps et biens.
(Suivent les signatures).

APPENDICE VIII
CONTRAT ENTRE LES ENGAGÉS ET LES COLONS

28 mars 1635 (1),

Jehan Guerould, demeurant en la paroisse de Froberville, Guillemme Jollibois de la paroisse d’Estretat, Pierre Poupel de la paroisse de Graville, Jean Ollivier, Pierre Saounier; Guillaume Euldes, demeurantz en la paroisse de Tainnemare, et Jehan Laignel d’icelle paroisse, se sont obligés chacun en son particulier, envers Guillemme Euldes, natif de la paroisse de Bordeaux (au pays de Caux) et à présent résidant en la ville de Grace, tant pour luy que pour François Roulland son associé.

Les dessusdits s’engagent à servir à St Cristophe led. Euldes ou ses préposés pendant trois ans, à cherfouir la terre, cultiver et planter du petun… Ils s’embarqueront dans le navire de Sollier et recevront cent livres de petun par an et par homme.


La lecture attentive de ces deux actes, de la même année 1635, tous deux cités par l’abbé Anthiaume qui leur donne deux titres différents : « contrats entre la Compagnie et les futurs colons et alloués » et « contrat entre les engagés et les colons » nous semble lever toute ambiguïté.

Ceux du 28 mars s’engagent à servir un habitant et son associé pour cultiver leur terre et seront payés en pétun au bout des 3 ans. Ce sont bien des « engagés ».

Ceux du 9 mai, « colons et alloués », d’après Anthiaume, se sont obligés envers Jean Cavelet du Herteley, au nom de la Compagnie, à rester trois ans dans l’île pour y « faire leur demeure et résidence », y cultiver du pétun ou du coton et « travailler aux forteresses et faire la garde ainsy que les aultres habitans estantz de présent en lad. isle » ce qui leur permet « d’aller habittuer et résider aud. St Cristophe et y travailler ainsy que les aultres habitans ». La formule est répétée. Ils seront bien considérés comme « les autres habitants » et ce qu’ils paieront chaque année ce sont des taxes, des impôts, pour la Compagnie et pour le gouverneur. Aucun rapport avec les obligations des engagés !

Il y a parmi eux deux catégories. Les uns agissent en leur nom propre et les autres sont « leurs hommes ». Pour les premiers de la liste, c’est très clair : « tant pour lui que pour… ». Par la suite c’est une énumération et ce sont peut-être des personnes qui agissent en leur nom propre. Il nous faut préciser que le texte retranscrit se présente en un seul morceau. C’est nous qui l’avons découpé en paragraphes pour faciliter l’identification des groupes.

Dans cette liste il s’agit de Normands, de paroisses plus ou moins proches de « la ville de grace », c’est-à-dire Le Havre, à une seule exception près, qui vous intéresse, celle de « Jean Jeham dict Vertprey de la paroisse de St Mars en Poitou, viconté de Mallion, Toussaint La Niepce de ce dit lieu vingt-trois ans » ; ils semblent agir chacun à son titre personnel ou bien le second est « l’homme » du premier.

On voit donc qu’ils ne s’engagent pas « envers Mathieu La Caille ».

Mathieu La Caille est le premier nommé parce que, nous le verrons plus loin, c’est lui qui a affrété le navire et, en outre, il agit « tant pour luy » que pour 8 personnes. Le vicomte du Motey, dans « Guillaume d’Orange et les origines des Antilles françaises ». (Paris, A. Picard, 1908, note p. 126), indique que ce premier cité, Mathieu La Caille, du Havre de Grâce, est un habitant de Saint Christophe qui, l’année précédente, le 6 mars 1634, avait cédé au Havre à un compatriote la moitié de son habitation, l’autre moitié appartenant à son frère Jean, toujours dans l’île. Il retourne donc à Saint-Christophe, sans doute seulement pour y conduire tous ces futurs habitants, mais reviendra se fixer à Rouen : le vicomte du Motey ajoute qu’il « se fit armateur puis capitaine de navire et ne cessa pas de commercer avec les Antilles. »

En outre, dans le même livre de l’abbé Anthiaume, figure ce passage (tome II, p. 647) :

Le 8 mai 1635

« Pierre Le Charbonnier, demeurant en la ville de Grace, capitaine et conducteur de la barque, nommée Le Don de Dieu florissant, de quarante cinq tonneaux » passa avec les représentants de La Compagnie un contrat rédigé dans les mêmes termes que celui du 6 mars, sauf la petite clause suivante :

« Le Sr du Herteley, n’ayant ni hommes ni marchandises à expédier à St-Christophe fait promettre à Le Carbonnier de […] « à ses fraictz et despens bailler et livrez ausd. capitaines et escrivains douze mousquets bons à l’épreuve aud. St Cristophe aussy tost son arrivée aud. lieu et en apporter certificat d’eux signé, en considération de quoy il demeure deschargé de porter aulcune marchandize, passer, ny nourrir aulcuns hommes pour lad. Compagnie. » [voir acte page 549]

Cela montre bien que les personnes nommées dans le Don de Dieu florissant n’étaient pas des hommes envoyés, ou alloués ou engagés, par la Compagnie.

Il ressort de tout ce qui précède que Jean Jaham de Verpré était un passager ayant fait soumission à la Compagnie, comme devaient le faire tous ceux qui souhaitaient à cette époque s’établir à Saint-Christophe et absolument pas un engagé, au sens habituel de ce terme. Seul passager non normand, avec Toussaint La Niepce, personne n’agissait pour lui. Ce à quoi ils s’engagent, c’est à rester trois ans et à payer les droits.

Les archives du tabellionnage du Havre à Rouen

A notre retour des belles journées des 8 et 9 mai 2010, nous avons enfin pris le temps, ce que nous n’avions pu faire auparavant, de tenter de déchiffrer les photos prises par Pierre Molinard aux archives départementales à Rouen… et nous y avons fait d’autres découvertes !

Tout d’abord, l’acte du 9 mai 1635 transcrit par l’abbé Anthiaume et reproduit ci-dessus y figure bien, mais partiellement : il n’y a pas les signatures mentionnées par l’abbé et, de l’acte transcrit par lui, il n’y a que l’en-tête, qu’il n’avait pas retranscrit :

« par devant Charles Le Nanguais notaire roial commis en la ville de Grâce et Jean Fresquet le jeune tabellion royal aud. lieu, le mercredi après midy neuf de may mil six cent trente cinq estant en l’escriptoire furent présents »

puis, après un grand blanc, la fin, telle que ci-dessus, depuis  : « Lesquels dessusd. tant pour eux que pour leursd. hommes [cy dessus] nommez […] »
jusqu’à : « et de passer aussy tant de femmes et de filles qu’ils adviseront bon estre sans que pour icelles »

et le texte s’arrête ainsi ; la fin ne figure pas dans ce registre, la page suivante étant celle d’un autre acte.

Nous supposons donc que l’acte qui figure dans le registre conservé à Rouen est un « brouillon », préparé pour la rédaction de l’acte définitif, lequel comprenait la liste et les signatures de toutes les personnes concernées. L’abbé Anthiaume a consulté au Havre l’acte définitif complet qui a dû disparaître au cours de la dernière guerre. Bienheureux abbé Anthiaume, à qui les descendants Jaham et autres peuvent adresser toute leur reconnaissance !

Continuant à explorer et déchiffrer les photos des actes concernant le Don de Dieu florissant, qui vont du 4 au 12 mai, nous avons lu l’acte qui précède immédiatement celui que nous venons d’évoquer longuement. Nous remercions Jean-Christophe Germain de nous avoir aidés à en déchiffrer le texte. Après l’en-tête, identique et que nous ne répétons pas, vient ce qui suit :

« Furent présent Mathieu La Caille demeurant au Havre de Grace ayant avec le sr Marin Goudes affrété la barque nommée le Don de Dieu fleurissant dont est maître Pierre Le Carbonnier prest a partir pour faire voyage en l’Isle St Christophle lequel sr La Caille aud. nom s’est submis et obligé envers Jean Jeham dict Vertpré de la paroisse de Saint Mars en Pouetou [Poitou] et André Poret dict La Garenne de la paroisse de du Bourg, présents, c’est à savoir par ledit sr (La Caille) passer dedans lad. Barque lesd. Jeham et Poret(de ce lieu) en lad. Isle St Christophle …

querir et fournir des vivres et victuaillies pendant la traversée aud. St Christophle comme aux autres ho(mm)es et passagers de son esquipage

Ce f(ai)sant au moien du nomb(re) de quatre centz livres de petun bon loial & marchand q(ue) lesdits Jeham et Poret se sont submis livrer aud. sr La Caille aussytost son arrivée aud(it) St Christophle saouf les perils & fortunes de la mer & de la guerre Et a ce tenir lesd(ites) parties chacune en leur regard obligerent leurs corps et biens P(rese)nts Jean Guyon dict Perreau & Pierre Dorre de ce lieu de Grace Le Mercq dudit

Jeham  A Poret  Lacaille

Cet acte est fondamental à divers titres :

– il confirme que Jean Jeham dict Vertpré n’est pas un engagé mais qu’il est parti en son nom propre comme passager pour Saint Christophe, en payant son voyage, ou plus exactement en promettant de le payer à l’arrivée comme cela se faisait souvent, et même « aussitôt son arrivée », ce qui sous-entend qu’il avait des connaissances sur place et qu’il n’est pas parti au hasard sur un coup de tête.

– il part avec André Poret dict La Garenne. Or ce n’est pas un inconnu pour les spécialistes des débuts de la Martinique. Il est de Notre Dame du Bec, à quelques km au nord du Havre ; il fait partie des signataires à la prise de la Martinique en 1635 ; il y sera capitaine d’une compagnie de milice, comme Jean Jaham de Verpré, et sa fille Catherine épousera le fils aîné de celui-ci, autre Jean Jaham de Verpré ! Une question se pose : pourquoi André Poret ne figure-t-il pas dans la longue liste de ceux qui partent sur le Don de Dieu florissant ? Peut-être parce qu’il n’emmenait aucun « homme », aucun engagé, contrairement à Jean Jaham : le deuxième originaire de Saint Mars en Poitou, Toussaint La Niepce, devait donc être « son homme » comme dit plus haut, son propre « engagé »

Citons pour mémoire des passagers du Don de Dieu florissant qui font l’objet d’autres actes et figurent ou pas dans la liste du 9 mai (encore une fois merci à Jean Christophe Germain, qui nous a communiqué ses notes prises sur l’original car la lecture est encore plus difficile sur les photos, qui mangent en outre les mots en marge) :

  • les 4 et 10 mai, Cardin de La Haye de Beaumont en Auge et Guillaume Dibre (ou, Dybes, d’Ybre, Dybel) de la paroisse de Bourgeauville, s’engagent envers Michel Gosse, habitant à Saint Christophe ;
  • le 12 mai, Pierre Ledoux demeurant en la dite ville de Grace, fils d’autre Pierre, s’engage envers Jacques Savary, de la ville d’Alençon [cités dans l’acte du 9 mai] ;
  • Robert Thirant, du Menil sous Jumièges ;
  • Jacques Baron du bourg de la Noe ( ?) sur .ier ( ?) [cité dans l’acte du 9 mai], cautionné par Rommain Blanchet dict La Blanchetière escuyer sr de la [… ?] demeurant à Paris ;
  • Philippe Mouqu… (ou Monegue, Mouquet), demeurant à Honnefleur [cité dans l’acte du 9 mai] ;
  • Guillaume Bloche de la paroisse et bourg de Roncheville [cité dans l’acte du 9 mai] ;
  • Jean Rivière de Ste Melaigne près Le Pont Lévesque ;
  • Charles Le Mestivier, natif d’Angerville-la-Bailleul vicomté de Montivilliers, et Nicolas Le Cacheux, natif d’Yebleron, s’allouent à Denis Thiphaigne et Fleury Hardy, habitants de Saint-Christophe, associés ;
  • Elie Prentoult, de la paroisse de Raoult [cité dans l’acte du 9 mai] ;
  • Charles Heron et Jean Bucaille ;
  • Jean Jourdain, de Danestal proche Dives, Jacques Robin, natif de la paroisse d’Oudalle, vicomté de Montivilliers, Jean Henouin, natif du Bourg-Saint-Romain, Jean Lasnié, de la paroisse de Sandouville, Etienne Tellier, de la paroisse de Gaineville, et Guillaume Perdu d’Harfleur, engagés [tous cités, sauf Etienne Tellier, dans l’acte du 9 mai] ;
  • Louis Fauquelon et Raoullin Mahault de la paroisse de Gommerville [cités dans l’acte du 9 mai]

Les passagers du Don de Dieu florissant, engagés ou libres, étaient donc nombreux, plus de 60, mais… aucun autre du Poitou !


 

 Jean JAHAM de VERPRÉ, de Saint Christophe à la Martinique

Martinique (carte anglaise)En 1643, Jean Jaham dit Verpré faisait déjà partie des principaux habitants de la Martinique puisqu’il est « l’un des officiers de milice qui y entérinent l’enregistrement de la commission de Sénéchal de du Parquet sur laquelle, ne sachant signer, il pose sa marque constituée par trois V entourés d’un cercle. » (Société d’habitation, I p. 546).

Comparons les dates. Le 9 mai 1635 il embarque au Havre pour Saint Christophe, avec André Poret dit La Garenne. En septembre de la même année, Belain d’Esnambuc et plusieurs habitants de Saint Christophe, dont André Poret, débarquent à l’emplacement de la future ville de Saint-Pierre de la Martinique, prenant possession de l’île. Il s’agissait de s’y installer durablement et d’Esnambuc y fit passer un certain nombre de ses Christophorins. Jacques Petitjean Roget remarque que, sur le Don de Dieu florissant, « on relève beaucoup de noms que l’on retrouvera à la Martinique. »

Il est fortement probable que les passagers du Don de Dieu florissant, ou une partie d’entre eux, les passagers libres, passèrent presque immédiatement à la Martinique, et que c’est à la Martinique et non à Saint Christophe qu’ils accomplirent envers la Compagnie ce à quoi ils s’étaient engagés : cultiver le pétun, « travailler aux forteresses et faire la garde » !

Conclusion

 Nous avons longuement parlé de Saint Christophe puis des alloués et engagés, dans l’article du Bakoua précédent. Or vous pouvez tout oublier ; Jean Jaham dit Verpré n’était pas un “engagé” et il n’a pas vécu à Saint Christophe !

Ceux d’entre vous qui font ou feront des recherches généalogiques retiendront peut-être de notre communication qu’il est important de se reporter au document d’origine lui-même et de ne pas se contenter de ce qu’ont publié des personnes considérées comme des références et qui, comme nous, ont interprété ces documents.

Il reste donc aux descendants Jaham à prendre des cours de paléographie pour explorer les archives, notariales mais aussi terrements et autres documents du XVIIe siècle, tant du Poitou que de Seine Maritime, afin de chercher à comprendre pourquoi Jean Jaham dit Verpré en est parti et si, par hasard, il n’y est pas revenu pour se marier avec sa première épouse, Marie Deville…

Réflexions

Pierre MOLINARD

Grâce à Philippe et Bernadette ROSSIGNOL de l’association Généalogie et Histoire de la Caraïbe, nous venons de faire un grand pas dans la connaissance de notre ancêtre commun, mais dans le même temps nous devons remettre en question beaucoup de nos convictions.

Nous avons la certitude que Jean JAHAM de VERTPRE venait de Saint Mars en Poitou lors de son embarquement en 1635 au Havre et que sa sœur Guillemette habitait La Flocellière en Poitou.

Sur le Don de Dieu florissant, tous les passagers étaient normands, sauf Jean JAHAM de VERTPRE et son engagé qui venaient du Poitou ! Comment expliquer cette anomalie ?

Mon grand-père Raoul de JAHAM (1885-1997) m’a souvent expliqué que son père Octave (1822-1903) et sa tante Madame Félix ROUSSEAU (1812- ?—-), née Marie Hortensia de JAHAM, lui ont toujours affirmé que les JAHAM venaient de Normandie. Dans la supplique adressée au Roi pour obtenir leurs titres de noblesse, les deux frères JAHAM DESFONTAINES affirmaient que Jean JAHAM de VERTPRE était ami et compatriote du PARQUET.  Du PARQUET, neveu de d’ESNAMBUC, était originaire du Pays de Caux (Normandie). Donc, d’après ces affirmations, les JAHAM seraient normands.

Tout cela doit nous interpeller et nous inciter à rechercher aussi du côté de la Normandie. Le père de Jean et de Guillemette JAHAM était-il un normand « expatrié en Poitou » ou fils d’un normand « expatrié en Poitou » ?

Si nous savons d’où venait sa seconde épouse, nous ignorons tout de la première Marie DEVILLE, originaire de Normandie ou du Poitou ?

Comment trouver le lien entre nos Jaham du Poitou et ces « normands », premiers colons des Antilles françaises ?

Nous devrons reprendre et/ou continuer nos recherches

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